« Wittenoom », de Mary Anne Butler • Entretien avec Dominique Hollier et Adélaïde Pralon, traductrices
« J’aurais volontiers tout traduit mais nous sommes très partageurs et équitables »
Propos de Dominique Hollier et Adelaïde Pralon recueillis par LG
D. H. Nous avons découvert M. A. Butler à l’occasion d’un partenariat entre la MAV et l’ambassade d’Australie, qui voulait un focus sur le théâtre australien lors d’un festival appelé Australia Now. Nous, comité anglais de la MAV, devions traduire six pièces contemporaines australiennes. C’est en explorant ce répertoire que nous avons découvert M. A. Butler, dont la pièce Broken a été traduite pour cette occasion par Sophie Magnaud et Keziah Serreau.
A.P. Cela dit, notre prospection de textes pour la saison australienne en France nous a permis de découvrir plusieurs auteur.ices que nous ne connaissions pas. Nous sommes toujours à la recherche de nouvelles écritures et certains partenariats comme celui-ci nous donnent l’occasion d’élargir nos horizons. Cette année, par exemple, nous avons lu beaucoup de textes d’auteur.ices états-unien.nes alors que nous avions lu peu de pièces de cette région du monde au cours des dernières années.
D. H. Toutes les pièces de cette autrice – Broken, Wittenoom, Highway of lost hearts… ont été fortement plébiscitées par les traducteurices du comité anglais de la MAV. Pour ma part, j’aurais volontiers tout traduit mais nous sommes très partageurs et équitables, et nous nous sommes réparti les textes selon nos préférences et affinités, et chaque pièce a été confiée à un binôme, pour contenter le plus de monde possible, d’autant que l’écriture spécifique de l’autrice présente suffisamment difficultés pour donner du grain à moudre à deux traducteurices. De plus, Adelaïde et moi aimons beaucoup traduire ensemble, et nous cherchions depuis un moment un texte à traduire à deux. Coup de cœur commun pour ce texte, et voilà. Ce texte, comme vous l’avez constaté, est écrit dans une/des langues très travaillées, subtiles, qui demandent un travail de traduction assez délicat, et cela justifiait pleinement de se mettre à deux pour trouver le moyen de la/les restituer en français.
A.P. On retrouve dans toutes les pièces de Mary Anne cette écriture rythmée, ciselée, elliptique. J’ai personnellement eu un coup de coeur pour Wittenoom en particulier parce que, c’est, selon moi, la plus lumineuse. Elle dresse le portrait de deux femmes pleines de vie, d’espoir, d’énergie, malgré le contexte difficile et la catastrophe sanitaire décrite dans la pièce. La mère et la fille se soutiennent, se portent à travers les années et la maladie, donc malgré un sujet très sombre, la pièce n’est jamais défaitiste.
D. H. Ici le rythme, la poésie minimaliste, les sonorités, l’alternance de registres très différents mais qui néanmoins se répondent avec cohérence et dans un ensemble harmonieux, tout cela a présenté pas mal de défis !
A.P. Un sujet qui est souvent revenu était l’oralité du texte parce que la langue de Mary Anne est très écrite, mais elle reste concrète, parlée, charnelle. Les deux femmes sont ancrées dans le sol, dans leur quotidien, ce ne sont pas des intellectuelles. Nous avons sans cesse cherché le juste équilibre des sons, du rythme et des images convoquées par l’écriture de Mary Anne en évitant de tomber dans un lyrisme qui n’est pas du tout dans le texte original. C’est toute la force de cette écriture: sublimer le réel tout en convoquant des êtres et un décor qui vibrent, qui respirent, qui vivent.
Carte Blanche • Sébastien Éveno
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