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Dans l’atelier de Nathalie Fillion


Par Laetitia Guichenu


Nathalie Fillion anime un atelier à l’Université d’été de la Mousson depuis treize ans. Elle a accepté d’échanger sur sa pratique et les exercices proposés. Elle a proposé d’inviter à cette discussion deux stagiaires de son groupe : Marion, enseignante en option théâtre qui revient à la Mousson chaque année depuis sept ans et Garance, autrice, comédienne et metteuse en scène dont c’est la première expérience. Nous avons parlé principalement de deux exercices de cet atelier.

Le premier, que Nathalie a intitulé « l’acteur medium » est un exercice qui est fait chaque année. Il s’agit de proférer le texte de manière instantanée, sans réflexion, et avec un engagement sonore afin de « se laisser traverser par le texte ». 

« La formule que j’ai fini par trouver comme pédagogue c’est : « Je m’en fous de ce que tu vas faire du texte, ce qui m’intéresse c’est ce que le texte va faire de toi ! ”C’est une rencontre avec l’organicité de l’écriture par  les sonorités et par les rythmes. Le corps vibre et il faut faire travailler tous les muscles de la bouche, de la langue. La seule indication pendant l’exercice c’est “ plus vite, donne le regard, tape toutes les consonnes ”.  On est dans le présent absolu de la découverte, ça produit un truc magique, un effet vibratoire dans le corps de l’acteur.ice, et dans le public. Ça met les spectateurs dans le même présent que l’acteur. Certains textes s‘y prêtent, d’autres pas. J’en trouve toujours un, chaque année.

« Je leur ai demandé de faire le même travail que Sergio Blanco, c’est à dire de penser à quelqu’un de cher, disparu, et de faire parler cette personne en faisant une liste de ce qu’elle aimait, au présent, avec un « je ».  Pendant l’écriture, j’ai mis  la chanson de Leonard Cohen, comme dans la pièce. C’est un exercice que j’ai amené avec beaucoup de précautions,  que j’ai “ environné ”. Je me suis appuyée sur Au bonheur des morts de Vinciane Despret que Sergio cite en exergue. Et j’ai bien dit que je ne cherchais pas le pathos mais un “ je ” partageable, et accepter que  nos morts vivent en nous. J’ai dit  : ne vous tordez pas le cœur et vous pouvez mentir, et enfin pas d’obligation de lire. C’est une manière de vivre avec nos morts, de parler d’eux au présent, ça peut faire pleurer, mais ce n’est pas triste ! » C’est le texte Tierra qui a permis cet exercice et lui a donné du sens, parce que c’est une grande pièce et que l’art nous protège.