« Tierra », Sergio Blanco • Entretien avec l’auteur
« L’autofiction est un pacte de mensonge pour ramener ma mère de l’au-delà »
Peux-tu présenter ton parcours d’auteur ?
J’écris des pièces depuis trente ans, et depuis une douzaine d’années, j’ai décidé d’explorer le genre de l’autofiction, qui est très développé dans le roman mais assez peu utilisé dans le théâtre. Tout d’un coup, j’ai voulu commencer à écrire des textes à partir de mon vécu, en essayant de projeter mon ‘moi’ dans un champ de fiction. C’est un genre magnifique, où peu à peu le vrai et le faux se fondent dans une même chose. En quelque sorte, l’autofiction se définit par opposition à l’autobiographie qui présuppose un pacte de vérité. Dans l’autofiction, il y a ce que j’appelle un pacte de mensonge.
Dans quel contexte ce texte a-t-il été écrit ?
J’ai écrit ce texte après le décès de ma mère. Ça a été ma manière de lui faire une place dans le monde, car comme dit le texte, les morts ne veulent pas qu’on les oublie.
Ce texte me semble un magnifique hommage à ta mère, une manière de déjouer le rapport mère/fils sans le masquer ?
Sans doute. C’est un hommage à ma mère, mais c’est aussi un hommage aux enseignants et à leur capacité à nous marquer pour la vie. En cela, la pièce est très politique car dans un monde où la fonction des enseignants est ouvertement remise en cause et précarisée, Tierra défend l’idée qu’un prof peut laisser une trace profonde et belle chez ses élèves.
Lors d’une précédente Mousson, tu parlais de rituels d’écriture précis pour chaque texte, peux-tu en dire un mot pour les lecteurs qui ne te connaissent pas ?
Généralement, j’écris le matin, mais pour Tierra, j’ai décidé d’écrire la nuit car je voulais convoquer ma mère disparue. Je me mettais à écrire avec la conviction que cet acte m’aiderait à ramener ma mère de l’au-delà, et incroyablement, je dois avouer que j’y suis parvenu, car peu à peu, je commençais à sentir sa présence à mes côtés. D’une certaine manière, cela n’a pas été tant un procédé littéraire qu’une sorte de rituel ancestral.
La musique semble y tenir une place prépondérante ?
C’est vrai que c’est toujours essentiel pour moi, car à travers la musique j’essaie de tracer une route émotionnelle pour les spectateurs.
Quel est ton lien à la Mousson d’été ?
C’est une très belle histoire d’amour, qui dure depuis des années. C’est un lieu qui a une place très importante dans mon parcours professionnel, et aussi dans ma vie personnelle. La Mousson d’Été est un lieu extraordinaire, où des personnes se rencontrent autour des écritures théâtrales d’aujourd’hui et fondent une sorte de communauté qui vit pendant quelques jours comme un vrai ordre religieux. On pourrait dire que notre foi réside dans la puissance des mots qui cherchent à s’incarner dans la chair.
Carte Blanche • Sébastien Éveno
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